25.01.2006

Monique

Bonjour !
Il s'agit de la patiente de l’hopital dont je t’ai parlé dans mon dernier mail, celle qui m’avait filé de l’herbe.
Elle était professeur de langues germaniques avant de se marginaliser complètement. Depuis quelques semaines, elle n’a plus de domicile fixe, son copain l’a mise dehors. Elle loge chez l’un ou chez l’autre en attendant de toucher des indemnités du CPAS et de se trouver un studio.

Monique est complètement déstructurée.  Pour autant que je sache, elle n’a jamais eu une vie stable, et s’est adonnée à beaucoup de drogues. Elle est actuellement soignée aux neuroleptiques, valium et autres médications « canon ». Elle fume énormément de cannabis dès le matin, et le midi, elle sort pour se rouler un pétard. En principe il est interdit d’amener des drogues ou de l’alcool à l’intérieur de l’hopital mais peu de gens s’en préoccupent vraiment, de toutes façons, personne ne consomme à l’intérieur du bâtiment, il n’y a vraiment qu’elle pour sortir fumer.
Je papote parfois avec elle, c’est quelqu’un d’intelligent qui a beaucoup voyagé. Mais j’en ai peur aussi. Je dois avouer qu’elle me renvoie une certaine image de moi. J’ai peur de devenir comme elle, je sens qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que je tombe aussi bas. Elle me fascine tout autant qu’elle me rebute. J’ai tendance à lier ma guérison à la sienne. Si elle s’en sort, je m’en sortirai aussi. Et puis je me dis que c’est stupide, il faut faire la part des choses. Il faut compter sur Dieu.

En parallèle, je continue à prier et à lire ma Bible tout aussi régulièrement (quoi que hier, je l’ai pas fait).
Tu sais sans doute (ou peut être pas j’en sais rien) que je suis assez idéaliste et utopiste. Le communisme était un rêve. J’ai toujours fantasmé sur la vie communautaire, il y a quelques années, j’avais même pris des dispositions pour aller travailler en Kibboutz pendant un mois, ça n’a pas pu se concrétiser car je gagnais pas bien ma vie chez mon ancien patron, donc j’avais pas d’économies, et de plus, il refusait de me laisser partir un mois d’affilée en congés payés. D’autre part, j’ai rencontré l'homme et j’ai annulé tous ces projets que j’avais faits via l’organisation sioniste.

Mais le fantasme est toujours là. Il y a quelques semaines, lorsqu’on a dû dessiner la maison de nos rêves à l’hopital (avec le psychologue) j’ai tracé les contours d’une grande maison pleine de chambres, avec une grande cuisine communautaire, un jardin, une salle de jeux. Quand je rêve que je suis riche, je pense que je pourrais racheter une ferme ou un autre grand bâtiment, qu’on pourrait transformer en kibboutz.
Hier, Monique, qui cherche un logement, m’a montré un prospectus de la maison « La Poudrière ». Il s’agit d’une maison communautaire d’origine catholique mais ouverte à toutes les confessions, à Bruxelles, qui a des ramifications à Peruwelz, Wasmes, Rummen… Un de leur mot d’ordre est « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu ». Leur mode de fonctionnement tourne autour de piliers du style « Présence » « Ascèse » « Amitié » « Utopie » « Justice ».
 
J’ai été très surprise de savoir que de telles structures existaient à deux pas de chez nous. J’ai lu entièrement la documentation qui allait avec le prospectus, j’ai consulté le site internet également (http://users.skynet.be/lapoudriere.org/) Tout ça m’a beaucoup frappé. Je me suis dit… punaise… j’interroge sans cesse Dieu sur le sens de ma vie et sur la direction à lui donner, je me sens démunie et vachement seule. Je pense que je dois changer de vie, mais je ne sais ni comment ni où ni quand… Et voilà que Monique me montre ce prospectus.

Tout d’abord, ça peut sembler présomptueux, mais j’ai pris ça comme un début de réponse à mes prières. Un tel mode de vie, dont j’ai toujours rêvé, se trouve à ma portée, de plus, dans un arrière plan chrétien (même si catho). Des hommes, femmes et enfants vivant sous le même toit, comme une grande famille. Ils mettent tout en commun, comme les premiers disciples dans les actes. Ils travaillent les uns pour les autres, et ne sont pas fermés au monde puisqu’ils aident leur prochain par diverses actions caritatives et même politiques. Evidemment, ça ne doit pas être tout rose tout le temps, il doit y avoir des conflits, des jalousies etc comme partout. Mais ça a l’air de marcher malgré tout, puisque ça fait plus de 50 ans que ça existe…

Donc j’ai remercié Dieu de m’avoir laissé entrevoir cette possibilité. Je vais l’explorer un peu, voir si ce n’est pas un truc sectaire ou autre. Si ça correspond à mes convictions. Ca fait un moment que je sens que Dieu m’a créé pour donner de moi-même aux autres. C’est peut-être là un début de solution. Quand je serai guérie, quand Dieu me montrera que le moment est venu, au moins, je sais que j’ai une refuge éventuel.
Sinon au niveau santé, j’ai été très mal dimanche et lundi, j’ai rien pu faire d’autre que pleurer, j’ai même pleuré devant l'homme, j’ai pas pu me retenir. Mais à partir de mardi ça a été mieux. J’ai cependant pas pu travailler beaucoup pour mon magasin.

A bientôt !

 

23.01.2006

Quelques mots à mon Amour

Mon coeur,

Je sais, ça fait cliché, cette habitude de mettre une majuscule à "Amour". Mais j'aurais été irrespectueuse si je ne l'avais pas fait. Tu es vraiment mon Amour avec un grand A. Le seul, le vrai, l'unique. Celui qui me manquera toute ma vie, et que je n'ai pas su le faire fructifier et grandir comme j'aurais dû le faire.

Tu ne liras jamais ces mots. Je sais pas si c'est si important. De toutes façons, tu ne les comprendrais sans doute pas. Depuis quelques années, tu ne sais plus rien de moi. Les contacts qu'on entretient ne sont plus qu'amicaux. Tu ne sais pas que je vis avec un autre. Je ne t'ai pas dit que j'allais avoir un enfant. Et tu es sans doute loin d'imaginer que tu me manques chaque jour qui passe, j'essaye bien de te chasser de mes pensées, mais tu hantes même mes rêves la nuit, et mes yeux sont pleins de larmes lorsque je me réveille. J'ai jeté les vêtements que tu avais laissé chez moi, je n'écoute plus la radio de peur d'entendre les titres qui nous faisaient vibrer. J'évite la télé lorsqu'on y parle de Paris, où tu habites. Je prends vraiment beaucoup de précautions pour ne pas sentir ma gorge se serrer, pour ne pas me souvenir, et ne pas pleurer... Et puis, finalement j'ai pas pu jeter une de tes paires de chaussettes, retrouvées par hasard. J'ai pas pu jeter les lettres que tu m'as écrites. Et il y a aussi ce tatouage, ce Soleil sur mon épaule, qui semble appeler la Lune tatouée sur la tienne. Deux dessins de la même encre qui ornent nos corps en mémoire l'un de l'autre. Tu te souviens mon coeur?

Impossible de t'expliquer tout ce que tu représentes pour moi. On dit que le temps efface les peines, fait oublier. C'est pas vrai. Je t'oublie pas. J'ai rompu avec toi, j'ai voulu aimer quelqu'un d'autre, mais ça ne marche pas. Je me sens toujours autant liée à toi, et tu me manques, tu me manques...

Je t'aime, je pense que je t'aimerai toujours, toujours, toujours...

Que Dieu m'aide à passer ce cap. Je me sens tellement perdue quand je pense à toi.

20.01.2006

Herbe

Coucou !

 

Ma semaine a été plutôt mitigée. Moins bonne que la semaine dernière mais je me plains pas trop, j’ai connu pire.

 

J’ai travaillé pas mal, le magasin a fonctionné comme jamais. J’étais toute contente, vois tu j’ai fait ce que dit le livre des Proverbes (mais je ne me souviens plus quel verset ni chapitre : « recommande tes projets à l’Eternel et ils réussiront »). J’ai une bien meilleure relation avec Dieu maintenant. Et même si je n’ai plus eu trop de commandes cette semaine, je ne me prends pas la tête, je recommande à Dieu. Je peux pas en avoir trop non plus, sinon j’arrive pas à faire face…

 

Et puis je sais pas trop ce qui m’a pris, mardi, une patiente de l’hopital m’a filé de l’herbe. Ca fait plusieurs semaines que j’en avais plus acheté ni consommé, j’avais décidé de ne plus le faire, sauf en cas d’urgence, et puis là, sans raisons, j’ai refumé. Ca m’a pas fait du bien. J’ai clairement senti que Dieu n’aimait pas ça. C’est la première fois que je regrettais autant mon geste, d’autant plus que j’étais même pas en crise, que j’avais aucun besoin de ce genre de détente. Pendant que je fumais, toutes mes peurs sont revenues une à une, et ensuite une grande honte, décidément, Dieu n’aime pas me voir dans cet état…

 

Mercredi et jeudi j’ai été pas bien du tout, c’était pas la grosse panique, mais j’étais à nouveau en prison dans ma tête. J’ai eu énormément de mal à faire les choses. J’ai résisté à la tentation de recommencer (l’herbe peut dissiper aussi cette impression de prison, du moins, d’habitude). J’ai juste demandé pardon à Dieu. Je ne devrais compter que sur lui et les médecins et pas m’abrutir avec des drogues. J’ai jeté ce qui me restait. C’est pas bon pour moi. Je pensais que si, ça m’a souvent rendu service, mais là, c’est fini, c’est clair.

 

C’est la première fois depuis bien longtemps que je résiste à une tentation. J’espère que ça va me rendre plus forte.

 

Le psychologue m’a changé de « module » à l’hôpital. Les modules, ce sont des groupes où on rassemble des personnes qui ont le même profil, et où les thérapies sont adaptées selon ces profils. A partir de lundi je serai dans le groupe « orientation ». Je sais pas trop ce qui va s’y passer, mais je redoute un peu ce changement, même si je garde les mêmes psychiatres et le même psychologue. La dame qui m’a filé l’herbe se trouve dans ce groupe. Et elle me fait peur, pas seulement pour la tentation que ça peut représenter, mais pour plein d’autres raisons (je t’explique ça prochainement)

 

Je continue à lire les Psaumes, l’histoire d’Israel et des rois, et aussi maintenant les épîtres (toujours au hasard) et j’ai lu hier que ce ne sont pas avec les puissances du monde que nous devons lutter, mais avec les puissances spirituelles. J’ai aussi eu une « illumination » : Jésus revient bientôt, et il faut prier pour son retour.

 

L'homme se moque de moi lorsqu’il voit que j’ouvre ma Bible. Il me dit que même si Dieu existe, il ne veut pas en entendre parler. Je me pose plein de questions sur ma relation avec lui. Parfois elle me semble aller de soi (je vais avoir un enfant de lui donc je reste avec lui etc. d’autant plus qu’il veut qu’on se marie…) d’autres fois elle me semble carrément indécente (je l’aime beaucoup, il est très gentil, mais elle est un péché, d’autre part tu sais, j’ai commencé à aller mal lorsque je l’ai rencontré, je pense toujours à l'Autre, si seulement je pouvais revenir en arrière…) Mon passé me semble idyllique par rapport à ce que je vis à présent. C'est peut être de là que vient cette nostalgie terrible. Quoi qu'il en soit, j'en souffre beaucoup.

De toutes façons, je n’arrive toujours pas à faire des projets. Mes idées sont encore trop changeantes. Le seul fil conducteur que j’aie, c’est Dieu, et je lui demande chaque jour de ne pas permettre que je souffre trop, parce que si je crise, je m’éloigne de Lui, je fais des bêtises, ça ne va pas, il faut absolument que je me fortifie. Je vis au jour le jour, voire une heure à la fois quand je me sens trop funambule, à deux pas de tomber.

 

Ma grand-mère prend régulièrement de mes nouvelles, par contre, pas ma mère. Et comme je suis pas une grande adepte du téléphone, j’ai pas appelé moi-même…

 

Voilà, à bientôt...